Marina Ntsonga : « On ne voit pas beaucoup cet idéal de femmes noires aux cheveux naturels »

Marina Ntsonga
Marina Ntsonga, la trentaine bien entamée, est nappy depuis plus de 10 ans

Marina Ntsonga fait partie des précurseures du mouvement nappy. La Francilienne a décidé de redevenir naturelle depuis les années 2000. Sa coupe préférée : des cheveux courts ornés d’accessoires afro-caribéens. « C’est ce qui m’allait le mieux. J’étais tellement fière que je postais sur ma chaîne YouTube des vidéos délirantes de mes cheveux courts ou des perruques toujours dans l’esthétisme afro » se souvient-elle.

Pour les fans de cheveux longs qui ne comprennent pas son choix et la prennent parfois pour un homme, Marina est lapidaire : « Je ne suis pas intéressée par la longueur. J’ai eu la chance d’avoir des modèles de femmes (ma mère, ma grand-mère) qui portaient magnifiquement bien les cheveux courtsPar conséquent, j’ai toujours aimé les coupes à la garçonne surtout sur des cheveux naturels ». D’autant que la trentenaire avait désormais moins de soins à effectuer : shampoing, après shampoing, un coup de peigne ou de brosse et c’est parti ! Enfin, elle était heureuse avec ses cheveux courts et naturels. Une démarche qu’elle croyait ne pas avoir à défendre en Afrique.

Hélas, c’est de sa terre natale que sont venues les pires critiques, témoignage de l’ignorance et du complexe de la société. « La première fois que je suis repartie au Congo, des cheveux crépus sur la tête, j’ai été harcelée de propositions de tous genres supposées m’aider à en prendre soin. » raconte la jeune femme. Parmi les perles auxquelles elle a eu droit, figurent les classiques offres « je peux vous défriser », « je peux vous coiffer », mais aussi des aberrations comme cet homme qui l’apostrophe « Quel âge vous avez pour porter des cheveux pareils ? Vous êtes assez grande pour vous les défriser ! » ou « Il faut faire quelque chose de tes cheveux ». Le summum a été atteint par la personne qui l’a conseillée de revenir à « la beauté naturelle ».

 

« Je pensais dans ma naïveté que ce serait plus facile en Afrique. Je me suis aperçue que les gens définissaient la beauté africaine selon les normes occidentales. Ils jugeaient mes cheveux crépus sales et négligés. Je me suis vraiment battue pour imposer le fait que j’étais née ainsi ! Cela m’a beaucoup attristée, surtout de voir des enfants de 7 ou 8 ans avec des cheveux défrisés. » déplore notre nappy du jour. Finalement, il a été plus facile pour ses collègues d’adopter la nouvelle tête de Marina, qui travaille dans la communication et les assurances. Cela prouve que lorsque les autres sont habitués à nous voir tels que nous sommes, ils nous apprécient et nous acceptent en conséquence.

« Le problème c’est qu’on ne voit pas beaucoup cet idéal de femmes noires aux cheveux naturels. Les gens pensent que la femme noire doit porter des cheveux lisses ou des tissages pour être belle ! » s’indigne Marina. Il reste donc un grand travail d’information et de sensibilisation à réaliser, surtout au sein de la communauté noire. C’est ce que la jeune femme a commencé à faire auprès de ses nièces, à qui elle apprend à prendre soin de leurs cheveux et à les assumer. Un engagement qu’on retrouve également sur son blog Young, gifted and black. En effet, pour Marina, être nappy c’est véritablement « assumer son identité et apprendre à la nouvelle génération qu’on est beau dans notre différence » !

Si vous aussi, vous êtes « natural and happy » et que vous souhaitez raconter votre aventure capillaire, n’hésitez pas à me contacter afin de figurer dans les portraits de ma rubrique Le coin des nappys. Merci d’avance.

photos perso 765           Marina Ntsonga

Publicités

Tiranké Kaba et Moïse Alberto : « Etre nappy, c’est s’assumer et revendiquer son identité. »

 

Moïse Alberto et Tiranké Kaba
Moïse Alberto, à gauche, et Tiranké Kaba, à droite, incarnent la nouvelle génération, plus encline au nappysme

Tiranké Kaba, 21 ans, et Moïse Alberto, 19 ans, sont toutes deux étudiantes en région parisienne. La première en 3e année de Lettres modernes parcours Interculturels, la seconde en Langues et Lettres appliquées.

Tiranké, d’origine guinéenne, est curieuse de tout. Ses passions se partagent entre l’écriture, la lecture, l’art, la danse et les voyages quand Moïse, d’ascendance congolaise ne vit que pour la musique. Outre leur amitié, les deux copines se retrouvent dans leur amour des cheveux naturels. Elles racontent leur conversion au nappysme. Interview croisée.

Qu’est-ce qui a déclenché votre démarche de nappy ?

Moïse Alberto : Le déclic n’a pas été quelque chose mais plutôt quelqu’un… En effet, une de mes amies a été à l’origine de cette démarche. C’est grâce à elle que j’ai réalisé que j’étais tout aussi belle voire plus en portant mes cheveux naturels.

Tiranké Kaba : Je n’ai pas forcément eu de déclic « nappy ». Il s’avère que je suis depuis assez longtemps pro-naturel sur beaucoup de points dont mes cheveux. J’ai par exemple toujours été plus à l’aise en portant des tresses. Alors, arrêter de défriser mes cheveux par conviction il y a presque 9 ans ne fut qu’une suite logique.

Pour vous, que signifie être nappy ?

M. A. : C’est avant tout s’assumer. Nous vivons dans une société où les critères de beauté sont prédéfinis. Aller à l’encontre de ces critères n’est donc pas forcément bien vu, mais peu importe ! Je suis née avec des cheveux crépus. Être nappy est  pour moi une manière de dire haut et fort : « Je suis comme je suis, et surtout je suis fière de la manière dont Dieu m’a faite ».

T. K. : Etre nappy pour moi signifie s’accepter et surtout revendiquer son identité, sa culture et ses origines. Arrêtons cette aliénation que beaucoup de femmes noires ont, à savoir qu’il n’est pas possible d’être belle au naturel. Surtout que nos cheveux sont extrêmement dingues, il est possible de jouer avec et de se réinventer au quotidien comme jamais les autres femmes ne pourraient le faire. Néanmoins, je comprends que certaines n’adoptent pas le nappysme car cela demande beaucoup d’investissement et un certain budget. Mais, au final le résultat est amplement à la hauteur du combat.

Justement, quels sont vos secrets capillaires ? 

M. A. : Je les hydrate au maximum. Je fais évidemment des soins à base d’huiles. Et très important, j’essaie de ne pas trop les manipuler c’est à dire les toucher constamment, car cela favorise la chute des cheveux. J’opte par conséquent pour des coiffures protectrices du type « braids » ou « vanilles ».

T. K. : Ma routine soin reste le shampoing hebdomadaire. Moi aussi, j’hydrate et je nourris mes cheveux au quotidien avec du beurre de karité power, de l’eau et quelques huiles comme l’huile de ricin, d’avocat ou d’olive. Je fais un masque par semaine que je confectionne moi-même. J’ai longtemps été à la recherche du produit miracle, mes armoires sont donc remplies de tous les leave-in, huiles, beurres et autres texturisants. Finalement, j’ai compris qu’une routine simple et naturelle vaut largement le cocktail de produits, pas toujours efficace.

Est-ce vraiment plus difficile de prendre soin des cheveux naturels ?

T. K. : Ce n’est pas plus difficile de prendre soin de mes cheveux naturels. Mais je reconnais que la séance démêlage, que je hais particulièrement, n’est pas une partie de plaisir.

Le nappysme s’arrête-t-il aux cheveux ?

M. A. : Ce serait dommage qu’être nappy ne s’arrête qu’aux cheveux. Je pense qu’être nappy mêle aussi bien la manière d’être que de penser. C’est plus profond qu’une tendance capillaire.

Est-ce que le regard des autres a changé depuis que vous êtes nappy ?

T. K. :  A vrai dire, je me soucie très peu de ce que pensent les autres. C’est un choix personnel alors cela ne regarde que moi. Pourquoi un afro devrait susciter plus de réactions qu’une chevelure lisse ? On ne parle après tout que des cheveux, de l’apparence. Certes, j’ai parfois droit à un regard insistant, surtout quand je porte l’afro. Mais, de manière générale, je reçois plutôt des encouragements accompagnés des questions du type : « comment tu fais pour avoir des cheveux comme ça ? », « depuis combien de temps tu es nappy ? », « ça prend du temps pour avoir ce genre de cheveux ? ». Ce qui finalement me rend très fière de mes cheveux. Aujourd’hui, ceux-ci me représentent vraiment et font partie de mon identité.

Si vous aussi, vous êtes « natural and happy » et que vous souhaitez raconter votre aventure capillaire, n’hésitez pas à me contacter afin de figurer dans les portraits de ma rubrique Le coin des nappys. Merci d’avance.

photos perso 771Moïse Alberto et Tiranké Kaba