Tiranké Kaba et Moïse Alberto : « Etre nappy, c’est s’assumer et revendiquer son identité. »

 

Moïse Alberto et Tiranké Kaba
Moïse Alberto, à gauche, et Tiranké Kaba, à droite, incarnent la nouvelle génération, plus encline au nappysme

Tiranké Kaba, 21 ans, et Moïse Alberto, 19 ans, sont toutes deux étudiantes en région parisienne. La première en 3e année de Lettres modernes parcours Interculturels, la seconde en Langues et Lettres appliquées.

Tiranké, d’origine guinéenne, est curieuse de tout. Ses passions se partagent entre l’écriture, la lecture, l’art, la danse et les voyages quand Moïse, d’ascendance congolaise ne vit que pour la musique. Outre leur amitié, les deux copines se retrouvent dans leur amour des cheveux naturels. Elles racontent leur conversion au nappysme. Interview croisée.

Qu’est-ce qui a déclenché votre démarche de nappy ?

Moïse Alberto : Le déclic n’a pas été quelque chose mais plutôt quelqu’un… En effet, une de mes amies a été à l’origine de cette démarche. C’est grâce à elle que j’ai réalisé que j’étais tout aussi belle voire plus en portant mes cheveux naturels.

Tiranké Kaba : Je n’ai pas forcément eu de déclic « nappy ». Il s’avère que je suis depuis assez longtemps pro-naturel sur beaucoup de points dont mes cheveux. J’ai par exemple toujours été plus à l’aise en portant des tresses. Alors, arrêter de défriser mes cheveux par conviction il y a presque 9 ans ne fut qu’une suite logique.

Pour vous, que signifie être nappy ?

M. A. : C’est avant tout s’assumer. Nous vivons dans une société où les critères de beauté sont prédéfinis. Aller à l’encontre de ces critères n’est donc pas forcément bien vu, mais peu importe ! Je suis née avec des cheveux crépus. Être nappy est  pour moi une manière de dire haut et fort : « Je suis comme je suis, et surtout je suis fière de la manière dont Dieu m’a faite ».

T. K. : Etre nappy pour moi signifie s’accepter et surtout revendiquer son identité, sa culture et ses origines. Arrêtons cette aliénation que beaucoup de femmes noires ont, à savoir qu’il n’est pas possible d’être belle au naturel. Surtout que nos cheveux sont extrêmement dingues, il est possible de jouer avec et de se réinventer au quotidien comme jamais les autres femmes ne pourraient le faire. Néanmoins, je comprends que certaines n’adoptent pas le nappysme car cela demande beaucoup d’investissement et un certain budget. Mais, au final le résultat est amplement à la hauteur du combat.

Justement, quels sont vos secrets capillaires ? 

M. A. : Je les hydrate au maximum. Je fais évidemment des soins à base d’huiles. Et très important, j’essaie de ne pas trop les manipuler c’est à dire les toucher constamment, car cela favorise la chute des cheveux. J’opte par conséquent pour des coiffures protectrices du type « braids » ou « vanilles ».

T. K. : Ma routine soin reste le shampoing hebdomadaire. Moi aussi, j’hydrate et je nourris mes cheveux au quotidien avec du beurre de karité power, de l’eau et quelques huiles comme l’huile de ricin, d’avocat ou d’olive. Je fais un masque par semaine que je confectionne moi-même. J’ai longtemps été à la recherche du produit miracle, mes armoires sont donc remplies de tous les leave-in, huiles, beurres et autres texturisants. Finalement, j’ai compris qu’une routine simple et naturelle vaut largement le cocktail de produits, pas toujours efficace.

Est-ce vraiment plus difficile de prendre soin des cheveux naturels ?

T. K. : Ce n’est pas plus difficile de prendre soin de mes cheveux naturels. Mais je reconnais que la séance démêlage, que je hais particulièrement, n’est pas une partie de plaisir.

Le nappysme s’arrête-t-il aux cheveux ?

M. A. : Ce serait dommage qu’être nappy ne s’arrête qu’aux cheveux. Je pense qu’être nappy mêle aussi bien la manière d’être que de penser. C’est plus profond qu’une tendance capillaire.

Est-ce que le regard des autres a changé depuis que vous êtes nappy ?

T. K. :  A vrai dire, je me soucie très peu de ce que pensent les autres. C’est un choix personnel alors cela ne regarde que moi. Pourquoi un afro devrait susciter plus de réactions qu’une chevelure lisse ? On ne parle après tout que des cheveux, de l’apparence. Certes, j’ai parfois droit à un regard insistant, surtout quand je porte l’afro. Mais, de manière générale, je reçois plutôt des encouragements accompagnés des questions du type : « comment tu fais pour avoir des cheveux comme ça ? », « depuis combien de temps tu es nappy ? », « ça prend du temps pour avoir ce genre de cheveux ? ». Ce qui finalement me rend très fière de mes cheveux. Aujourd’hui, ceux-ci me représentent vraiment et font partie de mon identité.

Si vous aussi, vous êtes « natural and happy » et que vous souhaitez raconter votre aventure capillaire, n’hésitez pas à me contacter afin de figurer dans les portraits de ma rubrique Le coin des nappys. Merci d’avance.

photos perso 771Moïse Alberto et Tiranké Kaba

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