Mamie Denis, le premier album du bédéiste tchadien Adjim Danngar

adjimQuand on parle de BD africaine, on pense d’abord et uniquement à Aya de Yopougon. Certes, le succès de la série de Marguerite Abouet est indéniable. Mais, il éclipse parfois d’autres dessinateurs tout aussi talentueux, et qui mériteraient d’être connus du grand public. Adjim Danngar, le dessinateur tchadien âgé d’une trentaine d’années, fait partie de cette génération d’artistes à découvrir. A l’occasion de la parution de son premier album, Mamie Denis, j’ai décidé de lui donner la parole et de reprendre par la même occasion ce blog longtemps mis de côté (eh oui, nouvel objectif pour une nouvelle année !). Interview.

 

Que raconte cet album ?                     

Mamie Denis est le prototype de la personne pleine de préjugés, qui ne va pas à la rencontre de l’autre et qui a des idées toutes faites. Elle est horrifiée de voir la famille de Fatou s’installer dans son immeuble du 9e arrondissement, et elle veut les pousser à déménager à tout prix. Elle les appelle les « coloniaux » car Mamie Denis trouve que cette famille d’étrangers fait partie d’une vague d’immigrés qui vient coloniser la France !

L’album montre surtout l’absurdité du racisme car Mamie Denis va se retrouver en Afrique, je ne dirai pas comment ni pourquoi, il faut lire la BD pour le savoir.

Pourquoi t’es-tu lancé dans ce projet, et surtout pour parler des retraités, un sujet original pour un dessinateur de presse ?

Le personnage de Mamie Denis est inspiré d’une histoire réelle : celle d’une amie de Christophe Edimo (le scénariste) qui s’est retrouvée du jour au lendemain dans une maison de retraite. Une expérience traumatisante dont il a voulu témoigner dans cette BD. De mon côté, il s’agit surtout d’un sujet de société – et le dessin de presse parle de la société – une question qui concerne de près ou de loin tout le monde. Car dans nos familles, autour de nous, il y a des personnes âgées, et nous sommes nous-mêmes concernés par la vieillesse ! Il s’agit aussi de la perception de la vieillesse et de la place de la personne âgée en Occident et en Afrique. Ce n’est pas une comparaison mais on voulait montrer comment aujourd’hui certaines personnes âgées préfèrent émigrer loin de chez elles, dans des pays qui leur sont plus favorables. Aujourd’hui en Occident, la personne âgée n’a presque plus sa place, elle est perçue comme un fardeau dont on veut se débarrasser ou du moins mettre de côté : c’est le cas par exemple de l’Allemagne. En plus, vivre à Paris ou dans une grande ville devient de plus en plus compliqué, sans oublier les mauvais traitements dont sont parfois victimes certaines personnes âgées en maisons de retraite ou institutions…

Quels sous-thèmes abordes-tu ? 

Mamie Denis évoque aussi le racisme et plein d’autres sujets en particulier la question du  vivre ensemble qui est plus que d’actualité. On traite aussi des rapports entre les classes, les institutions, les peuples, les âges, les humains tout court.

Est-ce plus facile de traiter ces sujets par le biais de l’humour ?

Je préfère en effet dire les choses par l’humour : rire est un bon moyen de faire passer des messages. Si on peut rire de notre misère, on accepte mieux les choses. Non pas pour être fataliste mais pour prendre conscience de manière plus forte. Le rire est important pour dénoncer. Dans le dessin de presse, j’allie l’humour au symbole, je me réjouis, je crie ou pousse des coups de gueule en dessin. L’essence de tout cela est la colère face à l’injustice, à l’absurdité du monde tel qu’il est, à nos conditions, à nos rapports entre nous et entre peuples…

31-promomamie_page_2

Lire la suite

Publicités