Marie Reine Bemba : «Etre nappy, c’est un état d’esprit »

img-20170211-wa0000Je vous le disais dans mon dernier post, je reprends petit à petit ce blog et j’espère atteindre bientôt mon rythme de croisière.

C’est donc avec un grand plaisir et un réel intérêt que je découvre le message d’une de mes amies le samedi dernier. Sa petite sœur est très intéressée par mon projet et souhaite témoigner de son expérience de nappy. Je ne perds pas de temps et prends contact avec Marie-Reine pour organiser une interview téléphonique puisque celle-ci habite au Canada, avec ses 6 heures de décalage horaire. Grâce à Whatsapp (vive les nouvelles technologies n’est-ce pas ?),  dès le lendemain, je fais la connaissance de Marie Reine Bemba, une jeune Congolaise (de Brazzaville) passionnante et passionnée de 28 ans.

Etudiante en fin de cycle de développement international, Marie Reine Bemba vit à Québec City depuis 2014 après être passée par le Sénégal et les Etats-Unis. Elle est passionnée de lecture (principalement d’auteurs panafricains et d’Outre mer) et de rap afro conscient pour son amour des lettres et de belles paroles en l’occurrence.

Elle est nappy depuis 2011. Cette année-là, elle vivait encore au Sénégal. Un jour, elle débarque chez un coiffeur pour hommes et saute le pas pour son premier big chop. Les réactions au tour d’elle furent mitigées. Son petit ami fit la moue et n’aima pas cette coupe à la garçonne. D’autres amis, surtout des hommes, estimèrent que ce n’était ni joli ni féminin. Quelques rares personnes trouvèrent sa coupe originale au point de la comparer à une artiste sud-africaine. « Malgré ces retours négatifs, j’ai toujours assumé mes cheveux. Quand je me regardais dans la glace, je me trouvais belle et c’est ce qui importait. De toute façon, j’ai une forte personnalité et je ne tiens pas compte du qu’en dira-t-on ». D’autant plus qu’au bout de quelques mois, tout ce petit monde finit par s’habituer à sa nouvelle tête, qui, finalement lui allait parfaitement avouèrent les mêmes, qui étaient auparavant réticents.

« Ma chance c’est que ma mère a toujours été partisane de cheveux courts.  Elle ne nous a donc pas inculqué le culte du cheveu long. En revanche, au lycée, dès que j’ai pu, je me suis défrisé les cheveux comme toutes mes copines » raconte-t-elle. Elle pratique le défrisage pendant trois ans avant de se rendre compte que cela abîmait ses cheveux surtout qu’elle n’appliquait pas les soins adaptés.

Par ailleurs, Marie Reine reconnaît que dans un pays comme le Sénégal où les femmes sont très coquettes, porter des cheveux courts est proche du blasphème. Et puis le critère de la beauté reste le cheveu lisse. Elle ne le sait que trop bien. Stagiaire dans une ONG chez elle au Congo, elle osa un matin se présenter au travail avec un afro. « La seule personne qui trouva ma coiffure inappropriée à un cadre professionnel était une autre Congolaise. Elle trouvait mes cheveux sales et était prête à me payer une coupe » se souvient la jeune femme, hilarante. Avant de poursuivre : « Par rapport à mon expérience, je trouve plus difficile de porter des cheveux naturels en Afrique. Par manque de sensibilisation, de produits et de moyens financiers pour se les procurer, les gens ne comprennent pas cette démarche.  Du coup, je me suis plus sentie dans mon élément quand j’étais aux Etats-Unis où le nappysme n’est plus une mode mais une identité. C’est là-bas que j’ai vraiment eu envie de continuer cette aventure. Et aujourd’hui, par efficacité, j’ai décidé de couper de nouveau mes cheveux. Je gagne un temps fou sur ma routine : hydratation, crème et voilà !  ».

Mais alors, que signifie pour elle être nappy  aujourd’hui ? « C’est bien sûr réapprendre à prendre soin de mes cheveux. Mais cela signifie aussi assumer sa couleur de peau et donc ne pas utiliser de produits éclaircissants, mais aussi les bases de la nutrition :  bien manger pour être bien dans son corps et dans sa tête en quelque sorte. Je vis cette démarche comme une réappropriation culturelle, une redécouverte de moi-même. C’est donc un engagement à long terme, un état d’esprit à transmettre : on doit être un modèle pour nos enfants, proposons-leur un autre canon de beanté avec des poupées noires qui leur ressemblent et à qui ils peuvent s’identifier…»

Si vous aussi, vous êtes « natural and happy » et que vous souhaitez raconter votre aventure capillaire, n’hésitez pas à me contacter afin de figurer dans les portraits de ma rubrique Le coin des nappys. Merci d’avance.

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