Sandy : « Nous avons une versatilité capillaire extraordinaire, il faut en profiter ! »

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Grâce à Maëva Adin dont vous avez découvert le portrait, il y a quelques jours, Sandy, 25 ans, accepte de me raconter son aventure capillaire. La Francilienne d’origine guadeloupéenne travaille comme cadre dans les assurances à La Défense. Les deux amies me donnent rendez-vous dans le quartier de Belleville, à Paris, pour une séance photo dans la rue Dénoyez et ses fameux graffitis. Sandy porte ses cheveux au naturel depuis sa naissance. C’est assez rare pour le souligner. Elle nous explique cet exploit.

Quels sont vos centres d’intérêt ?

Je suis passionnée par l’histoire de la communauté Noire, avant, pendant et après la traitre négrière. Je trouve que ce sont des choses qu’on aborde très peu ou très mal à l’école, en France. Je me rends donc régulièrement à des conférences et des débats autour de cette question mais également autour de l’avenir et des opportunités du continent africain. Il existe de très bons livres sur le sujet, que ce soit des livres éducatifs (L’Histoire de l’Afrique et sa diaspora, Jahlyssa Sekhmet), de réflexion (Discours sur le colonialisme, Aimé Césaire) ou même des romans (L’autre moitié du soleil, Chimamanda Ngozi Adichie). Avec les réseaux sociaux, si l’on arrive à bien faire le tri, on a de plus en plus accès à ces informations sur notre histoire grâce à des pages telles que NOFI ou Oser L’Afrique par exemple. Plus largement, je me rends souvent aux évènements de ventes wax de la capitale et également aux évènements ‘’nappy’’ tels que le Salon Boucles Ebènes ou la Natural Hair Academy.

Sinon, ce que j’aime beaucoup c’est voyager. Très tôt dans ma vie, j’ai fait en sorte de concilier mes études avec mon goût du voyage. J’ai fait du volontariat au Ghana, étudié au Mexique, travaillé en Afrique du Sud mais j’ai aussi vu Cuba, le Maroc, la Hongrie, la Californie, New York, toute l’Europe Occidentale et bien évidemment la Guadeloupe et Martinique. Prochaine étape : l’Afrique de l’Ouest !

Vous avez donc toujours porté vos cheveux au naturel ?

Oui, j’ai les cheveux naturels depuis que je suis sortie du ventre de ma mère. Dès le début, mon père nous a bien fait comprendre, à ma petite sœur et à moi, que nous avions des cheveux crépus et qu’il n’avait pas l’intention que cela change. Il nous disait que nous étions très belles ainsi. L’éducation que nous avons reçue de nos parents nous a permis de nous accepter et d’être fières de notre identité. Ma mère et ma grand-mère, elles aussi, sont au naturel depuis plus de 10 ans.

En revanche, ce n’est que depuis deux ou trois ans que j’ai vraiment appris à m’occuper de mes cheveux grâce à toutes ces Youtubeuses et bloggueuses qui partagent leurs conseils sur la toile.

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Quel regard portent les gens sur vous ?

Bien que je porte des cheveux au naturel depuis toujours, dès que j’avais un évènement de type mariage ou entretien d’embauche, je courrais chez ma coiffeuse pour me faire tresser avec des rajouts. C’est bien la preuve que je n’assumais pas complètement. Ce n’est que ces dernières années j’accepte totalement de porter fièrement mon afro, que ce soit pour des cérémonies ou sur mon lieu de travail.

90% du temps, j’ai des retours très positifs sur les différentes coiffures que j’essaie avec mes cheveux naturels. Les 10% restants, j’y ai droit sur mon lieu de travail avec  des commentaires désobligeants tels que : « Oh la la Sandy mais tu as mis tes doigts dans la prise ce matin?! », « Eh, mais Sandy dans le RER ce matin, tu as dû monopoliser deux places avec toute cette grosse touffe ! » ou encore « Wooooouah, trop cool ta tête comme ça, on dirait les Black Panthers ! ». Heureusement, c’est une minorité.

Est-ce plus difficile de porter vos cheveux naturels ?

Je me sens tellement LIBRE depuis que j’ai appris à m’occuper de mes cheveux. Tout est une question d’apprentissage. Cela fait des générations et des générations qu’on nous dit que nos cheveux ne sont pas ‘’beaux’’. Du coup, la solution pour la plupart des femmes noires reste le défrisage, les tissages, les perruques et autres. De par notre histoire, nous avons désappris à nous occuper de nos cheveux. Il faut à présent les (re)découvrir et connaître les bases pour en prendre soin. A ce moment-là, il devient plus simple d’avoir ses cheveux naturels plutôt que de dépendre de sa coiffeuse ou de son défrisant tous les trois mois. Cela me fait tellement de la peine quand j’entends des copines me dire « Oui mais moi, je n’ai pas les mêmes cheveux que toi » ou « ah non, moi j’ai essayé, c’est trop difficile ». Le problème, c’est que certaines ont des cheveux défrisés depuis qu’elles sont enfant ou alors elles enchaînent tellement les tissages et tresses qu’elles ne peuvent pas connaître la texture de leurs cheveux ni la réaction de ceux-ci.

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Quelle est votre routine pour en prendre soin ?

Ma routine se décompose en trois parties : l’alimentation, la manipulation, les produits.
En ce qui concerne l’alimentation, cela peut paraître curieux, mais c’est la base. Si tu n’as pas une alimentation saine, il ne faut pas espérer de miracle. Je bois un à deux litres d’eau par jour, je mange beaucoup de fruits et de légumes, d’amandes etc. Il est important d’avoir un corps sain.

Ensuite, la manipulation, je préfère démêler mes cheveux aux doigts ou au peigne à grosses dents. Je coupe mes pointes dès qu’elles sont abimées et je me fais 4 minutes de massage du cuir chevelu deux à trois fois par semaine.
Enfin, au niveau des produits : mon spray pour l’hydratation est à base d’eau en bouteille (pas l’eau du robinet car elle contient trop de calcaire en France). Pour sceller l’hydratation, j’applique un mélange de beurre de karité du Burkina-Faso, avec de l’huile d’argan du Maroc et de l’huile de jojoba de chez Aroma zone. Si mes cheveux sont très secs, j’utilise le leave-in de la gamme Jamaican Black Castor Oil de chez Shea Moiture.

Pour vous, que veut dire être nappy ?

Je ne suis pas très fan du terme ‘’Nappy’’ car on dirait une mode avec tout ce que cela suppose d’éphémère ou un ‘’clan’’ dans lequel on doit faire le choix d’entrer ou pas. Je ne vois pas du tout le ‘’nappisme’’ comme un mouvement qui a un début et une fin. Aujourd’hui, les Noirs, les Asiatiques ou les Latinos, commencent peu à peu à se rendre compte qu’ils ne sont pas obligés de coller au standard de beauté européen. Chaque communauté doit être capable de pouvoir sublimer sa beauté à sa manière. Les Noirs en général (pas uniquement les femmes) se rendent aussi compte de la puissance de leur beauté. Pour moi, une femme noire aujourd’hui ne doit pas se sentir forcée de porter ses cheveux au naturel mais elle doit savoir qu’elle a le CHOIX. L’automatisme du défrisage à 10 ans et des tissages ou perruques dès que l’on a un entretien d’embauche doit cesser. Nous avons une versatilité capillaire extraordinaire, il faut en profiter : aujourd’hui, je peux avoir les cheveux ondulés (twist out), demain deux grosses nattes collées classes, après demain une coupe courte grâce à un petit wash & go et les mouiller pour les rétrécir, et la semaine d’après un afro etc. Nos cheveux sont magiques et uniques. Alors osons l’afro !

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Salon du livre de Paris 2017 : l’Afrique bien représentée

Hier après-midi, j’ai déambulé dans les allées du salon du livre. Le salon du livre de Paris reste le plus grand événement généraliste dédié au livre en France. L’édition 2017 inaugurée le 24 mars se termine aujourd’hui, 27 mars. Pour la première fois depuis le début de son tour du monde en 1988, le salon du livre met à l’honneur un pays du Maghreb : le Royaume du Maroc.

Le reste de l’Afrique est également bien mise en valeur grâce au Pavillon des Lettres d’Afrique, qui a vu le jour cette année, sur le thème « Lire et écrire l’Afrique ». Son objectif : faciliter la présence des pays africains sur une manifestation internationale.

Ce Pavillon propose des rencontres, des débats, des tables rondes, des ateliers jeunesse mais aussi des séances de dédicaces. Il vous reste cet après-midi pour en profiter. Pour ceux qui ne peuvent pas faire le déplacement, voilà quelques images de mon excursion. Bonne (re)découverte !